# Quelles sont les causes d’une rectitude du rachis cervical ?
La rectitude du rachis cervical représente une altération posturale de plus en plus fréquente dans nos sociétés modernes. Cette condition, caractérisée par la perte de la courbure naturelle du cou, touche désormais des millions de personnes à travers le monde, souvent sans qu’elles en soient conscientes. Alors que la lordose cervicale physiologique constitue un élément essentiel de notre architecture vertébrale, permettant une répartition harmonieuse des charges et une protection optimale de la moelle épinière, sa disparition progressive entraîne une cascade de conséquences biomécaniques et neurologiques. Comprendre les multiples facteurs responsables de cette rectitude cervicale devient donc crucial pour toute personne soucieuse de préserver sa santé rachidienne et d’éviter les complications à long terme.
Comprendre l’anatomie normale de la lordose cervicale physiologique
Avant d’explorer les causes pathologiques de la rectitude cervicale, il est essentiel de comprendre ce qui constitue une anatomie cervicale normale. Le rachis cervical, segment mobile situé entre la base du crâne et les vertèbres thoraciques, présente naturellement une courbure concave vers l’arrière appelée lordose cervicale. Cette configuration anatomique n’est pas le fruit du hasard : elle résulte d’une évolution biomécanique optimisant la résistance aux contraintes mécaniques tout en préservant la mobilité nécessaire aux mouvements de la tête.
La courbure cervicale en lordose : angle de cobb et valeurs normatives
La mesure objective de la lordose cervicale s’effectue radiologiquement par la détermination de l’angle de Cobb. Cette méthode, considérée comme le standard en radiologie rachidienne, consiste à tracer des lignes tangentes aux plateaux vertébraux de C2 et C7, puis à mesurer l’angle formé par leurs perpendiculaires. Les valeurs normatives se situent entre 20 et 40 degrés chez l’adulte sain. Lorsque cet angle diminue en dessous de 10 degrés, on parle de rectitude cervicale. Une valeur négative indique même une inversion de courbure, situation particulièrement préoccupante sur le plan biomécanique. Des études récentes montrent qu’environ 35% de la population adulte présente une diminution significative de cette courbure, un chiffre en constante augmentation depuis une décennie.
Le rôle biomécanique des vertèbres C1 à C7 dans le maintien de la courbure
Les sept vertèbres cervicales jouent chacune un rôle spécifique dans le maintien de la lordose physiologique. L’atlas (C1) et l’axis (C2) constituent une unité fonctionnelle particulière, responsable de 50% de la rotation cervicale totale. Les vertèbres C3 à C7, avec leurs corps vertébraux progressivement plus volumineux, supportent des charges croissantes vers la base du cou. La forme cunéiforme des disques intervertébraux, plus épais en avant qu’en arrière, participe activement à la création de cette courbure lordotique. Lorsque ces disques se déshydratent ou se tassent, comme nous le verrons plus loin, cette géométrie favorable disparaît progressivement.
Les muscles paravertébraux cervicaux et leur fonction posturale
Le maintien actif de la lordose cervicale dépend d’un équilibre musculaire précis entre les chaînes antérieures et postérieures. Les muscles extenseurs profonds du cou, notamment les multifidus et les semi-épineux cervicaux, exercent une tension constante qui
stabilise les vertèbres et maintient la courbure cervicale contre la gravité. À l’inverse, les muscles fléchisseurs profonds du cou (long du cou, long de la tête) contrôlent l’inclinaison de la tête et évitent qu’elle ne « tombe » vers l’avant. Lorsque ces groupes musculaires sont affaiblis, raccourcis ou déséquilibrés, la lordose cervicale se modifie progressivement, jusqu’à aboutir à une rectitude cervicale. C’est un peu comme les haubans d’un pont suspendu : si certains câbles tirent trop fort ou si d’autres se relâchent, l’ouvrage entier se déforme.
Les muscles superficiels comme le trapèze supérieur, les scalènes ou le sterno-cléido-mastoïdien interviennent davantage dans les mouvements amples et dans les compensations posturales. En cas de stress, de travail prolongé sur écran ou de mauvaise ergonomie, ils ont tendance à se contracter de façon réflexe. Cette hypertonie entraîne des douleurs cervico-scapulaires, des céphalées de tension et contribue à aplatir la lordose. Vous l’avez sans doute déjà remarqué : après une longue journée penché sur votre ordinateur, votre nuque devient raide et votre tête se projette en avant.
L’équilibre sagittal du rachis et l’alignement crânio-cervical
La courbure cervicale ne peut pas être analysée isolément : elle s’intègre dans un ensemble plus vaste que l’on appelle équilibre sagittal du rachis. En position debout, la tête doit être globalement alignée au-dessus du bassin, de manière à minimiser les efforts musculaires. Cet alignement crânio-cervical est souvent évalué grâce à des paramètres comme la verticale de C7 ou l’angle crânio-cervical. Lorsque la tête bascule en avant de cet axe, les muscles cervicaux sont soumis à des contraintes mécaniques beaucoup plus importantes.
On estime qu’à chaque 2 à 3 cm d’avancée de la tête, la charge apparente supportée par les vertèbres cervicales peut être multipliée par deux. À long terme, cette surcharge favorise la fatigue musculaire, la déshydratation discale et la rectitude du rachis cervical. Inversement, un équilibre sagittal harmonieux, associé à une bonne mobilité thoracique et lombaire, permet au cou de conserver une lordose physiologique. C’est pourquoi les spécialistes insistent de plus en plus sur une approche globale de la posture, plutôt que sur le seul segment cervical.
Les traumatismes cervicaux responsables de la perte de lordose
Parmi les causes majeures de rectitude du rachis cervical, les traumatismes occupent une place centrale. Un accident survient, la douleur aiguë finit par passer… mais les conséquences structurelles, elles, peuvent persister des années. Même lorsqu’aucune fracture n’est visible sur les clichés initiaux, les ligaments, les disques et les muscles peuvent avoir été durablement altérés. Le cou adopte alors progressivement une position de protection, souvent plus droite, qui finit par se fixer.
Le syndrome du coup du lapin (whiplash) et ses séquelles rachidiennes
Le coup du lapin, ou traumatisme en flexion-extension brutale du cou, survient classiquement lors d’un accident de voiture par choc arrière. En quelques fractions de seconde, le rachis cervical est projeté en hyperextension puis en hyperflexion, dépassant largement ses amplitudes physiologiques. Même en l’absence de fracture, ce mécanisme peut étirer les ligaments, léser les capsules articulaires postérieures et provoquer des microdéchirures musculaires. À court terme, on observe des cervicalgies, des céphalées et parfois des vertiges.
À plus long terme, les structures de soutien du cou perdent en stabilité. Pour se protéger, l’organisme met en place des contractures réflexes et une réduction de la mobilité segmentaire. Le résultat radiologique typique, plusieurs mois ou années après un whiplash mal rééduqué, est une perte de lordose cervicale, voire une rectitude marquée. Plusieurs études épidémiologiques montrent que 30 à 50% des patients ayant présenté un coup du lapin non pris en charge correctement conservent des douleurs chroniques et des anomalies de courbure cervicale.
Les fractures-tassements vertébraux post-traumatiques
Lors de traumatismes plus sévères (chutes de hauteur, accidents sportifs violents, collisions à grande vitesse), les vertèbres cervicales peuvent subir de véritables fractures-tassements. Si le corps vertébral s’écrase de façon asymétrique ou perd de la hauteur en avant, la géométrie locale de la colonne est modifiée. Pour maintenir la stabilité et protéger la moelle épinière, les segments adjacents vont alors adapter leur orientation, souvent en réduisant la lordose globale.
Après la phase aigüe et les éventuels traitements orthopédiques ou chirurgicaux, la consolidation osseuse se fait généralement dans cette position modifiée. Sans rééducation spécifique visant à restaurer progressivement l’arc cervical, la rectitude tend à se pérenniser. Au fil des années, les segments sus- et sous-jacents surcompensent, ce qui favorise l’apparition de discopathies dégénératives et d’arthrose interapophysaire, aggravant encore la perte de courbure.
Les entorses cervicales graves et la rétraction ligamentaire
Les entorses cervicales correspondent à une distension, voire à une rupture partielle des ligaments stabilisant les vertèbres. Dans les formes graves, les ligaments longitudinaux et les ligaments interépineux peuvent être significativement lésés. Dans un premier temps, cette laxité excessive entraîne une instabilité segmentaire, avec micro-mouvements douloureux à chaque flexion ou rotation de la tête. Pour limiter cette instabilité, les muscles paravertébraux se contractent en permanence.
Avec le temps, ces ligaments peuvent cicatriser en position raccourcie, aboutissant à une rétraction ligamentaire. Cette « rétraction » agit comme un frein mécanique sur certains segments, les maintenant dans une position plus rectiligne. Cliniquement, le patient se plaint d’une raideur progressive, d’une diminution de la mobilité et de douleurs à la fatigue. Radiologiquement, on observe souvent une perte de lordose centrée sur la zone de l’entorse initiale, parfois associée à des débuts d’arthrose localisée.
Les traumatismes sportifs répétés en rugby et arts martiaux
Certains sports de contact, comme le rugby, la lutte ou les arts martiaux, exposent le rachis cervical à des contraintes répétées : chocs directs, plaquages, projections au sol, compressions en flexion forcée. Chaque épisode pris isolément peut sembler anodin, mais l’accumulation de micro-traumatismes finit par fragiliser les structures disco-ligamentaires. Les paravertébraux cervicaux se contractent alors de manière chronique pour protéger la région, ce qui tend progressivement à aplatir la courbure.
Chez les sportifs de haut niveau pratiquant ces disciplines, des études d’imagerie montrent fréquemment une rectitude cervicale ou une hypercyphose locale. Sans programme spécifique de renforcement des fléchisseurs profonds, d’étirements réguliers et d’ajustement de la technique (par exemple, dans la position de mêlée en rugby), le risque de dégénérescence précoce et de symptômes neurologiques augmente. Pour vous, sportif amateur, cela signifie qu’une préparation physique ciblée du cou n’est pas un luxe, mais une véritable mesure de prévention.
Les pathologies dégénératives induisant la rectitude cervicale
Avec l’avancée en âge, le rachis cervical subit inévitablement un processus de vieillissement. Disques, facettes articulaires, ligaments et corps vertébraux se transforment progressivement. Lorsque ces remaniements dégénératifs deviennent importants, ils modifient la statique globale du cou et participent à la rectitude du rachis cervical. Il ne s’agit plus seulement de muscles contracturés, mais de véritables changements structuraux visibles à la radiographie ou à l’IRM.
La spondylose cervicale et l’ostéophytose vertébrale
La spondylose cervicale désigne l’ensemble des remaniements arthrosiques touchant les vertèbres et les disques. Elle se traduit notamment par la formation d’ostéophytes, ces excroissances osseuses situées sur les bords des plateaux vertébraux et des articulaires postérieures. Au départ, ces becs osseux représentent une tentative de l’organisme pour augmenter la surface portante et stabiliser un segment en souffrance. Mais à mesure qu’ils se développent, ils rigidifient les étages concernés.
Cette rigidification progressive a un impact direct sur la courbure cervicale. Les segments arthrosiques perdent une partie de leur capacité de flexion-extension, ce qui réduit l’arc global de la lordose. Dans les cas avancés, plusieurs étages peuvent être presque ankylosés, donnant à la colonne cervicale un aspect quasi rectiligne sur le profil radiologique. De plus, ces ostéophytes peuvent rétrécir les foramens de conjugaison et le canal rachidien, augmentant le risque de radiculalgies et de myélopathie.
La discopathie dégénérative multi-étagée C4-C5-C6
Les disques intervertébraux cervicaux jouent un rôle clé dans le maintien de la lordose, grâce à leur forme en coin plus épaisse en avant. Avec l’âge, ils se déshydratent et perdent de la hauteur : on parle de discopathie dégénérative. Lorsque plusieurs niveaux sont touchés, en particulier C4-C5 et C5-C6, la partie antérieure du disque s’affaisse, ce qui aplatit mécaniquement la courbure. C’est un peu comme si l’on retirait progressivement des cales à l’avant d’un arc : celui-ci se redresse.
Les discopathies multi-étagées s’accompagnent fréquemment de protrusions discales ou de petites hernies, venant encore majorer la gêne mécanique et la douleur. Face à ces contraintes, les muscles paravertébraux se contractent, renforçant la rectitude. Sur les radiographies, on observe un pincement discal, une perte de la lordose et parfois un début de cyphose locale. Sur le plan clinique, cela se traduit par des cervicalgies chroniques, des raideurs matinales et parfois des irradiations dans les épaules ou les bras.
L’arthrose interapophysaire postérieure et la rigidité segmentaire
Les articulations interapophysaires postérieures (ou facettes articulaires) guident les mouvements entre deux vertèbres. Avec le temps, ces petites articulations synoviales peuvent développer une arthrose interapophysaire : cartilage usé, capsule épaissie, ostéophytes facettaires. Cette arthrose postérieure réduit la glisse normale des facettes lors des mouvements de flexion-extension, ce qui diminue l’amplitude segmentaire.
Lorsque plusieurs niveaux vertébraux présentent cette rigidité, le rachis cervical perd de sa souplesse et tend à se « figer » dans une position plus droite. Par ailleurs, la douleur facettaire incite le patient à limiter spontanément les mouvements de la nuque, renforçant l’hypomobilité. C’est un cercle vicieux classique : plus le cou est douloureux, moins il bouge ; moins il bouge, plus il s’ankyloser et plus la lordose disparaît.
La myélopathie cervicarthrosique et ses conséquences posturales
Dans les formes avancées de dégénérescence cervicale, la combinaison de discopathies, d’arthrose et de réduction du canal rachidien peut conduire à une myélopathie cervicarthrosique, c’est-à-dire une souffrance chronique de la moelle épinière. Les patients présentent alors des troubles de la marche, une maladresse des mains, des fourmillements diffus et parfois des troubles sphinctériens. Face à ces symptômes, le corps cherche naturellement une position qui minimise les conflits mécaniques au niveau médullaire.
Il n’est pas rare d’observer chez ces patients une rectitude cervicale marquée, voire une légère cyphose, qui correspond à une adaptation posturale visant à élargir au mieux le canal rachidien en flexion. Cette position de compensation, si elle soulage partiellement les symptômes, accentue cependant les contraintes sur les segments sus- et sous-jacents. Sans prise en charge spécialisée, la dégénérescence se poursuit et la rectitude du rachis cervical devient un élément stable et difficile à corriger.
Les troubles posturaux et musculaires provoquant la rectitude
Si les pathologies traumatiques et dégénératives jouent un rôle majeur, la rectitude cervicale se développe aussi très souvent à partir de simples déséquilibres posturaux. Nos habitudes quotidiennes – travail sur écran, utilisation du smartphone, manque d’activité physique – modifient lentement mais sûrement la manière dont nous tenons notre tête et notre cou. À long terme, ces compensations musculaires aboutissent à une véritable modification de la courbure rachidienne.
Le syndrome croisé supérieur de janda et l’antépulsion céphalique
Le syndrome croisé supérieur, décrit par le médecin tchèque Vladimir Janda, correspond à un schéma postural très fréquent : épaules enroulées vers l’avant, dos voûté, tête projetée en avant. Ce tableau associe des muscles raccourcis et hypertoniques (pectoraux, trapèze supérieur, élévateur de la scapula) et des muscles affaiblis (fléchisseurs profonds du cou, trapèze inférieur, rhomboïdes). Résultat : la tête se place en antépulsion céphalique, c’est-à-dire en avant de l’axe du tronc.
Pour continuer à regarder droit devant soi malgré cette avance de la tête, le sujet compense par une hyperextension de la jonction crânio-cervicale. Sur les clichés de profil, cela se traduit souvent par une rectitude, voire une légère inversion de courbure dans la région moyenne et basse du cou, tandis que la zone haute reste en extension. Ce schéma est typique chez les personnes qui passent plusieurs heures par jour devant un ordinateur sans réglage ergonomique adapté.
La contracture chronique des muscles sous-occipitaux
Les muscles sous-occipitaux, situés à la base du crâne, jouent un rôle clé dans les micro-ajustements de la tête. Lorsque la tête est en permanence projetée vers l’avant, ces petits muscles doivent travailler en continu pour maintenir le regard horizontal. À la longue, ils se contracturent, deviennent douloureux et limitent la capacité du cou à retrouver une courbure harmonieuse. De nombreux patients souffrant de maux de tête cervicogéniques présentent ce tableau de contracture sous-occipitale.
Cette hypertonie agit comme un frein sur la partie haute de la colonne cervicale, empêchant la répartition normale des mouvements en flexion-extension sur l’ensemble des segments. Les étages moyens et inférieurs se retrouvent alors « tirés » dans une position plus rectiligne, accentuant la rectitude cervicale. On peut comparer cela à une tige souple dont l’extrémité supérieure serait tendue par une corde trop serrée : le reste de la tige perdrait sa capacité à se courber.
Le déséquilibre des chaînes musculaires antérieures et postérieures
Le corps humain fonctionne selon des chaînes musculaires qui relient entre eux les différents segments. Au niveau cervical, la chaîne antérieure (muscles fléchisseurs profonds, sterno-cléido-mastoïdien, muscles hyoïdiens) et la chaîne postérieure (paravertébraux, trapèze, splénius) doivent être finement coordonnées. Un raccourcissement de la chaîne antérieure, par exemple en raison d’une posture prolongée en flexion (lecture sur smartphone, travail penché en avant), peut tirer le cou vers une position moins lordotique.
À l’inverse, une sursollicitation chronique de la chaîne postérieure, dans un contexte de stress ou de compensation de douleurs lombaires, entraîne des contractures et une rigidification du rachis cervical. Dans les deux cas, l’équilibre dynamique est rompu. Si vous avez la sensation d’avoir le cou « toujours tendu » ou de ne plus pouvoir bouger librement votre tête, il est probable que ce déséquilibre des chaînes musculaires contribue à la rectitude de votre rachis cervical.
Le text neck syndrome lié à l’utilisation prolongée des écrans
Le text neck syndrome, ou « cou du texto », est devenu emblématique de nos modes de vie numériques. Il décrit la posture caractéristique de la tête penchée en avant et en bas, adoptée lorsque l’on consulte son smartphone ou sa tablette des heures durant. Or, plus la tête s’incline vers l’avant, plus le poids exercé sur les vertèbres cervicales augmente. Certaines estimations indiquent qu’à 60° de flexion, la charge ressentie par le cou peut atteindre l’équivalent de 25 à 30 kg.
Réitérée jour après jour, cette posture en flexion excessive provoque une adaptation progressive des tissus : allongement des muscles postérieurs, raccourcissement des fléchisseurs, contraintes accrues sur les disques et les ligaments. La lordose cervicale se réduit, puis disparaît. Chez les adolescents et les jeunes adultes, on observe de plus en plus souvent, à l’imagerie, des rectitudes cervicales précoces liées à cette utilisation prolongée des écrans. D’où l’importance d’adopter des gestes simples : tenir le téléphone à hauteur des yeux, limiter les temps d’écran continus, faire des pauses d’étirement régulières.
Les pathologies inflammatoires et infectieuses du rachis cervical
Moins fréquentes que les causes mécaniques, certaines maladies inflammatoires ou infectieuses peuvent également altérer la structure du rachis cervical et contribuer à sa rectitude. Elles entraînent des phénomènes de douleur, de destruction osseuse puis de réparation anarchique, qui modifient profondément la courbure initiale. Leur diagnostic et leur prise en charge nécessitent un avis spécialisé, car elles engagent parfois le pronostic neurologique.
La spondylarthrite ankylosante et l’ossification ligamentaire
La spondylarthrite ankylosante est une maladie inflammatoire chronique qui touche préférentiellement la colonne vertébrale et les articulations sacro-iliaques. Au niveau cervical, elle se manifeste par des douleurs inflammatoires, une raideur matinale et une limitation progressive des amplitudes. Avec le temps, l’inflammation répétée des enthèses (zones d’insertion des ligaments et des tendons) conduit à une ossification ligamentaire et à la formation de ponts osseux entre les vertèbres.
Ce processus d’ankylose transforme peu à peu la colonne en un « bambou » rigide, réduisant drastiquement sa capacité de flexion-extension. La lordose cervicale peut alors être totalement effacée, voire remplacée par une cyphose fixe. Outre la perte de mobilité et la douleur, cette rectitude ankylosante expose à un risque accru de fractures vertébrales en cas de traumatisme, même modéré, du fait de la rigidité extrême du rachis.
La polyarthrite rhumatoïde cervicale et l’instabilité atlas-axis
La polyarthrite rhumatoïde est une autre maladie inflammatoire systémique qui peut atteindre le rachis cervical, en particulier la région haute C1-C2 (atlas-axis). L’inflammation chronique des articulations synoviales et des ligaments peut entraîner une destruction progressive des structures de stabilisation, conduisant à une instabilité atlanto-axoïdienne. Cette instabilité se manifeste par des douleurs, des sensations de blocage et, dans les formes sévères, des signes neurologiques.
Pour limiter les mouvements douloureux et protéger la moelle épinière, l’organisme met souvent en place des contractures musculaires importantes et une réduction globale de la mobilité cervicale. Les segments moyens et bas du cou se figent alors dans une position de moindre contrainte, souvent plus rectiligne. Dans certains cas, des chirurgies de stabilisation (arthrodèse) sont nécessaires, ce qui contribue également à la rectitude du rachis cervical. Une surveillance régulière par imagerie est indispensable chez ces patients.
Les spondylodiscites infectieuses et leurs séquelles structurelles
Les spondylodiscites sont des infections touchant à la fois le disque intervertébral et les plateaux vertébraux adjacents. Elles peuvent être d’origine bactérienne (staphylocoque, brucellose, tuberculose…) ou, plus rarement, fongique. Au niveau cervical, ces infections se traduisent par des douleurs intenses, une fièvre éventuelle et un syndrome inflammatoire biologique. Le processus infectieux détruit partiellement l’os et le disque, fragilisant ainsi le segment.
Après traitement antibiotique ou antifongique prolongé, la guérison laisse souvent place à des séquelles structurelles : tassement vertébral asymétrique, cyphose locale, fibrose ligamentaire. Pour compenser ces déformations, les segments adjacents adaptent leur orientation, ce qui peut conduire à une rectitude de l’ensemble du rachis cervical. Selon la sévérité de la destruction initiale, des gestes chirurgicaux de stabilisation peuvent être nécessaires, rigidifiant encore davantage la région.
Les facteurs iatrogènes et congénitaux de rectitude cervicale
Enfin, certaines rectitudes cervicales trouvent leur origine dans des facteurs sur lesquels le patient n’a que peu de prise : interventions chirurgicales, malformations présentes dès la naissance ou particularités tissulaires. Même si ces situations sont plus rares que les causes posturales ou dégénératives, elles doivent être connues, car elles conditionnent les options thérapeutiques et le pronostic à long terme.
Les séquelles post-chirurgicales d’arthrodèse cervicale antérieure
L’arthrodèse cervicale antérieure est une intervention courante pour traiter des hernies discales, des instabilités ou des myélopathies. Elle consiste à retirer le disque pathologique, décomprimer les structures nerveuses, puis fusionner deux ou plusieurs vertèbres entre elles à l’aide d’une cage et/ou d’une plaque vissée. Si cette procédure soulage efficacement la compression médullaire ou radiculaire, elle réduit aussi la mobilité de l’étage concerné.
Lorsque plusieurs niveaux sont arthrodésés, l’ensemble du segment fusionné devient rigide et a tendance à se positionner dans un alignement relativement rectiligne. Si la planification chirurgicale n’a pas permis de restaurer une lordose adéquate, ou si une cyphose s’installe secondairement (pseudarthrose, tassement de la cage), la colonne cervicale peut se retrouver globalement droite. Les étages adjacents doivent alors compenser, ce qui peut accélérer leur dégénérescence et accentuer encore la rectitude.
Les malformations congénitales type Klippel-Feil
Le syndrome de Klippel-Feil est une malformation congénitale rare caractérisée par la fusion de plusieurs vertèbres cervicales. Les patients présentent souvent un cou court, une limitation des mouvements et parfois des anomalies associées (scoliose, malformations rénales, surdité). Sur le plan radiologique, les vertèbres fusionnées forment un bloc osseux rigide, avec une courbure cervicale très réduite, voire inexistante, au niveau concerné.
Cette rigidité structurelle oblige les segments restants à fournir la majorité de la mobilité cervicale, ce qui peut entraîner une hypermobilité et une dégénérescence précoce de ces étages de compensation. La rectitude du rachis cervical est alors en partie constitutionnelle et ne peut être complètement corrigée. La prise en charge vise surtout à préserver la mobilité résiduelle, à prévenir les complications neurologiques et à optimiser la posture globale par la kinésithérapie et l’ergonomie.
L’hyperlaxité ligamentaire constitutionnelle et le syndrome d’Ehlers-Danlos
À l’opposé des malformations fusionnantes, certaines personnes présentent une hyperlaxité ligamentaire constitutionnelle, parfois dans le cadre de syndromes génétiques comme le syndrome d’Ehlers-Danlos. Leurs ligaments, plus élastiques que la moyenne, stabilisent moins efficacement les articulations, y compris celles du rachis cervical. Cette hypermobilité peut sembler avantageuse sur le plan de la souplesse, mais elle expose en réalité à des micro-instabilités répétées.
Pour compenser cette instabilité, les muscles paravertébraux sont souvent sursollicités et se contractent de manière réflexe, ce qui peut entraîner une rectitude fonctionnelle du cou. Au fil des années, cette hyperlaxité favorise aussi l’usure prématurée des disques et des facettes, accentuant le risque de perte de lordose. Dans ces situations, la prévention repose sur un renforcement musculaire ciblé, une éducation posturale précoce et, si nécessaire, l’utilisation raisonnée de colliers cervicaux lors des épisodes douloureux aigus, toujours sous surveillance médicale.