# Quels sont les symptômes d’une myélopathie cervicale ?

La myélopathie cervicale représente l’une des complications neurologiques les plus préoccupantes de la dégénérescence rachidienne chez l’adulte. Cette pathologie, caractérisée par une souffrance de la moelle épinière au niveau du cou, affecte principalement les personnes de plus de 50 ans, mais peut également survenir chez des individus plus jeunes présentant des facteurs de risque spécifiques. Les symptômes peuvent apparaître de manière insidieuse, évoluant progressivement sur plusieurs mois ou années, ce qui rend parfois le diagnostic difficile aux stades précoces. Reconnaître précocement les signes cliniques de cette affection est fondamental pour éviter une détérioration neurologique irréversible. La moelle épinière cervicale, structure nerveuse fragile et irremplaçable, ne possède qu’une capacité limitée de régénération, rendant essentielle une prise en charge rapide dès l’apparition des premiers symptômes. Comprendre les manifestations cliniques de la myélopathie cervicale permet aux patients de consulter rapidement et aux praticiens d’orienter efficacement leur démarche diagnostique.

Comprendre la myélopathie cervicale : définition anatomopathologique

La myélopathie cervicale désigne un dysfonctionnement de la moelle épinière résultant d’une compression chronique au niveau des vertèbres cervicales. Cette compression peut être provoquée par divers mécanismes pathologiques : l’arthrose vertébrale avec formation d’ostéophytes (excroissances osseuses), les hernies discales cervicales, l’épaississement du ligament jaune, l’ossification du ligament longitudinal postérieur (OPLL), ou encore un canal cervical constitutionnellement étroit. Le processus dégénératif entraîne un rétrécissement progressif du canal rachidien cervical,espace osseux normalement protecteur qui abrite la moelle épinière depuis la base du crâne jusqu’aux vertèbres lombaires.

Lorsque ce canal se rétrécit, la moelle épinière subit une compression mécanique chronique qui compromet sa vascularisation et son fonctionnement normal. Les mécanismes lésionnels sont multiples : compression directe du tissu nerveux, ischémie médullaire par atteinte vasculaire, inflammation locale et perturbation de la circulation du liquide céphalo-rachidien. Ces phénomènes conjugués provoquent une souffrance progressive des neurones médullaires, avec apparition de zones de myélomalacie (ramollissement du tissu médullaire) visibles à l’IRM sous forme d’hypersignal en séquence T2. Cette atteinte peut devenir irréversible si la compression persiste, expliquant pourquoi une intervention chirurgicale précoce améliore considérablement le pronostic fonctionnel.

Les segments cervicaux les plus fréquemment touchés sont C5-C6 et C6-C7, zones particulièrement mobiles et donc soumises à des contraintes mécaniques importantes. La myélopathie cervico-arthrosique représente la forme la plus courante, touchant préférentiellement les adultes de 50 à 70 ans, avec une prédominance masculine dans un rapport de 2:1. Les anciens sportifs pratiquant des disciplines de contact (rugby, judo, sports de combat) présentent un risque accru en raison des microtraumatismes cervicaux répétés subis durant leur carrière sportive. Selon des données épidémiologiques récentes, environ 30% des personnes de plus de 50 ans présentent des signes radiologiques d’arthrose cervicale, bien que la majorité demeure asymptomatique.

Troubles de la motricité fine et malad

Troubles de la motricité fine et maladresse des mains

Les premiers symptômes d’une myélopathie cervicale sont très souvent subtils et concernent la motricité fine des mains. Le patient décrit une maladresse inhabituelle, une impression de « mains gauches » ou de perte de précision dans les gestes quotidiens. Il devient plus difficile de manipuler de petits objets, d’écrire lisiblement ou de réaliser des tâches demandant une bonne dextérité. Ces signes peuvent être attribués à tort au vieillissement naturel ou à une arthrose des doigts, retardant ainsi la consultation spécialisée. Pourtant, cette atteinte de la motricité fine reflète une souffrance des voies motrices au niveau de la moelle épinière cervicale et constitue un symptôme clé de la myélopathie cervicale.

Sur le plan neurologique, cette maladresse traduit un dysfonctionnement des voies pyramidales et des circuits de coordination qui véhiculent les informations depuis le cerveau jusqu’aux muscles des membres supérieurs. Lorsque la moelle épinière est comprimée de façon chronique, la conduction de ces messages nerveux se ralentit, se perturbe ou devient anarchique. Le patient met alors plus de temps à réaliser certains gestes, laisse tomber des objets, ou peine à reproduire des mouvements précis. Plus la compression médullaire progresse, plus ces troubles de la motricité fine ont tendance à s’aggraver et à s’associer à d’autres symptômes neurologiques (spasticité, troubles sensitifs, hyperréflexie).

Signe de hoffmann et réflexes tendineux exagérés

Lors de l’examen clinique, le neurologue ou le neurochirurgien recherche systématiquement des signes de souffrance pyramidale. Le signe de Hoffmann en fait partie : il consiste en une flexion involontaire du pouce et de l’index lorsqu’on effectue une flexion brusque de la dernière phalange du majeur. Ce réflexe pathologique traduit une hyperexcitabilité des voies motrices descendantes et est fréquemment retrouvé en cas de myélopathie cervicale. Sa présence, surtout lorsqu’il est bilatéral, doit faire évoquer une atteinte médullaire même chez un patient se plaignant de simples fourmillements ou d’une légère maladresse.

En parallèle, les réflexes ostéotendineux (bicipital, tricipital, stylo-radial) sont souvent exagérés. Au lieu d’une réponse réflexe modérée, le praticien observe une réponse vive, parfois polycinétique, traduisant une désinhibition des circuits réflexes spinaux. On peut comparer ce phénomène à un système de freinage défaillant : lorsque la moelle épinière est comprimée, les voies inhibitrices centrales fonctionnent moins bien et les réflexes deviennent excessifs. Pour vous, cela se traduit par des sursauts réflexes importants, des secousses musculaires involontaires, ou une impression de raideur musculaire croissante dans les bras.

Difficulté à manipuler les petits objets et boutonner les vêtements

Au quotidien, l’un des symptômes les plus parlants de la myélopathie cervicale est la difficulté à manipuler de petits objets. Boutonner une chemise, fermer un collier, enfiler une boucle d’oreille ou ramasser une pièce de monnaie au sol deviennent progressivement des gestes compliqués. Le patient décrit souvent qu’il « rate » le bouton ou qu’il doit s’y reprendre à plusieurs fois pour réussir le même geste, alors qu’il y parvenait sans effort auparavant. Cette perte de dextérité est d’autant plus évocatrice qu’elle est bilatérale et ne s’accompagne pas nécessairement de douleurs articulaires importantes aux mains.

Cette gêne s’explique par l’atteinte conjointe des voies motrices et des voies sensitives fines (voie lemniscale) au sein de la moelle cervicale. Lorsque la sensibilité de contact et de position des doigts est altérée, le cerveau reçoit une information moins fiable sur la position exacte de chaque phalange. C’est un peu comme si vous tentiez de boutonner votre chemise avec des gants épais : vous perdez les repères précis nécessaires à la réalisation du geste. Si vous constatez que ces difficultés s’installent progressivement, notamment sur plusieurs mois, il est important de consulter pour ne pas laisser évoluer une myélopathie cervicale débutante.

Atrophie des muscles intrinsèques de la main

À un stade plus avancé de la myélopathie cervicale, on peut observer une atrophie des muscles intrinsèques de la main, en particulier des interosseux et des lombricaux. Visuellement, cela se traduit par un amaigrissement du relief musculaire entre les métacarpiens, donnant à la main un aspect « creusé ». Le patient remarque parfois que ses bagues deviennent plus lâches ou que la forme de ses mains a changé. Cette atrophie est le signe d’une dénervation chronique, c’est-à-dire d’un défaut de stimulation des muscles par les motoneurones d’origine médullaire ou radiculaire.

Sur le plan fonctionnel, cette atrophie se manifeste par une diminution de la force de préhension et de la capacité à écarter ou rapprocher les doigts. Tenir un stylo, saisir un verre rempli ou forcer pour ouvrir un bocal deviennent plus fatigants. À ce stade, la récupération complète est moins fréquente, même après décompression chirurgicale, car les motoneurones lésés peuvent avoir subi des dommages irréversibles. C’est pourquoi il ne faut pas attendre l’apparition d’une atrophie musculaire marquée pour consulter : plus l’intervention est précoce, plus les chances de récupérer une bonne fonction de la main sont élevées.

Test de coordination doigt-nez et épreuve du stylo

Pendant la consultation, certains tests simples permettent d’objectiver les troubles de la motricité fine liés à la myélopathie cervicale. Le test doigt-nez consiste à demander au patient de toucher successivement son nez puis le doigt de l’examinateur, bras tendu, plusieurs fois de suite. En cas d’atteinte médullaire, le mouvement peut être saccadé, moins précis, ou accompagné de tremblements d’action. Bien que ce test explore aussi le cervelet, il aide à mettre en évidence une désorganisation de la commande motrice fine pouvant être d’origine médullaire.

L’« épreuve du stylo » ou l’écriture d’une phrase sur une feuille de papier est également très parlante. Le patient peut présenter une écriture plus lente, plus anguleuse, avec des lettres irrégulières, parfois qualifiées de « carrées ». De la même manière, la difficulté à visser ou dévisser un bouchon, à faire tourner une clé dans une serrure ou à aligner des pièces de jeu sur une table constitue un indice fonctionnel fort. Ces tests cliniques, bien que simples, sont extrêmement utiles pour détecter une myélopathie cervicale débutante, notamment chez des patients qui minimisent leurs symptômes ou les attribuent uniquement à de l’arthrose digitale.

Manifestations spastiques et troubles de la marche

Au fur et à mesure que la compression médullaire progresse, les symptômes ne se limitent plus aux mains. Les voies pyramidales controlant les membres inférieurs sont également affectées, entraînant l’apparition de manifestations spastiques et de troubles de la marche. Le patient décrit une impression de raideur dans les jambes, une difficulté à lever les pieds ou à marcher sur des terrains irréguliers. La marche devient plus lente, moins fluide, parfois accompagnée de chutes inexpliquées. Ces signes doivent alerter car ils traduisent une souffrance plus globale de la moelle épinière cervicale.

La spasticité correspond à une augmentation anormale du tonus musculaire, liée à la lésion des voies motrices centrales. On peut la comparer à un ressort qui ne parvient plus à se relâcher complètement : les muscles restent partiellement contractés en permanence, rendant les mouvements plus rigides et moins précis. Cette raideur s’installe souvent progressivement, sur plusieurs mois, mais elle peut s’aggraver brutalement à l’occasion d’un traumatisme cervical (chute, accident de voiture, hyperflexion ou hyperextension du cou) chez un patient présentant déjà un canal cervical étroit.

Démarche spastique avec fauchage et hypertonie pyramidale

La démarche spastique est particulièrement caractéristique de la myélopathie cervicale. Le patient a tendance à marcher les jambes raides, en effectuant un mouvement de « fauchage » : le membre inférieur décrit un arc de cercle vers l’extérieur à chaque pas, faute de pouvoir se fléchir correctement au niveau du genou et de la cheville. Cette démarche est souvent plus visible lorsque la personne est fatiguée ou lorsqu’elle accélère son allure. Elle peut s’accompagner d’une difficulté à faire demi-tour rapidement ou à franchir de petits obstacles comme un trottoir.

À l’examen, le médecin met en évidence une hypertonie pyramidale : lorsqu’il mobilise passivement les jambes du patient, il ressent une résistance accrue, parfois en « lame de canif » (résistance qui cède brutalement après un certain seuil). Cette hypertonie résulte de la perte du contrôle inhibiteur des voies motrices centrales sur les réflexes de la moelle. Pour vous, cela se traduit par un effort plus important pour initier ou arrêter un mouvement, une sensation de jambes « raides comme du bois », surtout le matin ou après une période prolongée en position assise.

Clonus de la cheville et signe de babinski pathologique

Parmi les signes neurologiques caractéristiques de la myélopathie cervicale, le clonus de la cheville et le signe de Babinski occupent une place centrale. Le clonus correspond à une série de secousses rythmiques et involontaires du pied lorsque le médecin effectue une flexion dorsale brusque de la cheville. Il traduit une hyperexcitabilité des circuits réflexes spinaux et témoigne d’une lésion des voies pyramidales. Plus le clonus est prolongé et facilement déclenchable, plus la suspicion de myélopathie cervicale est forte, surtout lorsqu’il est bilatéral.

Le signe de Babinski, quant à lui, est recherché en stimulant la plante du pied avec un objet émoussé. Chez l’adulte sain, cette stimulation entraîne une flexion des orteils. En cas d’atteinte pyramidale, on observe au contraire une extension lente du gros orteil, parfois associée à un éventail des quatre autres. Ce signe de Babinski pathologique est un marqueur très spécifique d’atteinte des voies longues motrices, fréquemment retrouvé dans les myélopathies cervicales. Sa présence impose de compléter rapidement le bilan par une IRM cervicale afin d’identifier une éventuelle compression médullaire.

Paraparésie progressive et instabilité posturale

Avec l’évolution de la myélopathie cervicale, la faiblesse des membres inférieurs peut s’installer sous forme de paraparésie progressive. Le patient ressent une diminution de la force dans les deux jambes, peine à se relever d’une chaise sans appui, ou a du mal à monter les escaliers. Cette faiblesse s’accompagne d’une instabilité posturale : il devient difficile de maintenir l’équilibre, notamment dans l’obscurité, les yeux fermés, ou lors des changements rapides de direction. Les chutes deviennent plus fréquentes, parfois sans cause apparente.

Cette instabilité posturale résulte à la fois de la spasticité, de la faiblesse musculaire et des troubles de la sensibilité profonde (proprioception) fréquemment associés à la myélopathie cervicale. C’est un peu comme si les « capteurs » situés dans vos pieds et vos jambes envoyaient des informations brouillées à votre cerveau : vous savez moins précisément où se trouvent vos membres dans l’espace, ce qui altère votre capacité à ajuster en permanence votre posture. À ce stade, la myélopathie cervicale constitue une cause majeure de handicap fonctionnel, justifiant une prise en charge chirurgicale rapide pour éviter une aggravation irréversible.

Syndrome myélopathique avec hyper-réflexie ostéotendineuse

Sur le plan sémiologique, l’ensemble de ces manifestations (spasticité, hypertonie, clonus, Babinski, troubles de la marche) s’intègre dans ce que l’on appelle un syndrome myélopathique. L’un de ses éléments centraux est l’hyper-réflexie ostéotendineuse. Les réflexes rotuliens et achilléens sont vifs, diffusés, parfois polycinétiques, et peuvent être déclenchés par une percussion modérée ou même une simple mobilisation rapide du segment de membre. Cette hyper-réflexie contraste avec les atteintes radiculaires pures (par hernie discale isolée par exemple), où les réflexes sont au contraire diminués ou abolis.

Pour le clinicien, la combinaison d’une hyper-réflexie diffuse, de signes pyramidaux (Hoffmann, Babinski, clonus) et de troubles de la marche oriente fortement vers une compression médullaire cervicale. Pour vous, cela signifie que vos symptômes ne relèvent pas uniquement d’un « nerf coincé dans le cou », mais bien d’une atteinte de la moelle épinière elle-même. Cette distinction est cruciale, car le pronostic et la prise en charge diffèrent : une myélopathie cervicale nécessite souvent une décompression chirurgicale, là où une simple radiculopathie peut parfois être traitée par des mesures conservatrices.

Troubles sensitifs radiculomédullaires

Outre les troubles moteurs, la myélopathie cervicale s’accompagne très fréquemment de troubles sensitifs radiculomédullaires. Ceux-ci résultent à la fois de l’atteinte des racines nerveuses (radiculopathie) et des voies sensitives longues au sein de la moelle (atteinte médullaire). Le patient décrit des sensations anormales dans les bras et les jambes : fourmillements, engourdissements, picotements, sensations de brûlures ou de décharges électriques. Ces symptômes peuvent être permanents ou intermittents, majorés par certaines positions du cou ou par les efforts prolongés.

Cliniquement, on distingue plusieurs modalités sensitives pouvant être altérées : la sensibilité superficielle (toucher léger, douleur, température), la sensibilité profonde (position des articulations, vibration) et la sensibilité discriminative (capacité à distinguer deux points proches, reconnaissance des formes par le toucher). Dans la myélopathie cervicale, ces différentes modalités peuvent être atteintes de manière inégale, créant un tableau complexe où la plainte subjective du patient ne correspond pas toujours à l’importance des lésions observées à l’IRM. C’est pourquoi un examen neurologique détaillé est indispensable pour cartographier précisément les déficits sensitifs.

Paresthésies en gants et dysesthésies des extrémités

Les paresthésies en gants correspondent à des fourmillements ou à un engourdissement prédominant au niveau des mains, évoquant la sensation de porter des gants trop serrés. Elles peuvent s’étendre aux avant-bras, voire aux membres inférieurs, créant une impression de « gants et chaussettes ». Ces paresthésies sont souvent plus marquées la nuit ou au réveil, lorsque la position du cou a favorisé une augmentation transitoire de la compression médullaire ou radiculaire. Elles peuvent s’accompagner de dysesthésies, c’est-à-dire de sensations désagréables comme des brûlures, des picotements intenses, ou des décharges électriques le long des bras.

Ces symptômes sont parfois confondus avec une neuropathie périphérique (diabétique, alcoolique) ou un syndrome du canal carpien. La différence tient à leur répartition et à leur association avec d’autres signes de myélopathie cervicale (troubles de la marche, hyper-réflexie, spasticité). Il n’est pas rare que des patients soient initialement traités pour un « tunnel carpien » sans amélioration, avant que l’on ne découvre, à l’IRM, une compression de la moelle épinière cervicale. En cas de doute, l’examen neurologique complet et, si besoin, un électromyogramme (EMG) permettent de faire la part entre atteinte périphérique et atteinte médullaire.

Altération de la sensibilité proprioceptive et épicritique

La sensibilité proprioceptive correspond à la capacité du cerveau à connaître en permanence la position de chaque segment de membre dans l’espace, sans avoir besoin de le regarder. Elle est médiée par les cordons postérieurs de la moelle épinière, fréquemment atteints dans la myélopathie cervicale dégénérative. Lorsque cette sensibilité est altérée, le patient a du mal à coordonner ses mouvements, surtout dans l’obscurité ou les yeux fermés. Il peut, par exemple, écarter exagérément les pieds pour se stabiliser ou chercher un appui pour se lever, car il ne « sent » plus aussi bien la position exacte de ses jambes.

L’atteinte de la sensibilité épicritique (toucher fin, discrimination de deux points, reconnaissance des formes) se manifeste par une difficulté à identifier un objet placé dans la main sans le regarder (stéréognosie), ou à distinguer précisément un contact léger sur la peau. Cet aspect est parfois négligé par le patient, qui a tendance à être plus gêné par la douleur ou les paresthésies. Pourtant, il joue un rôle important dans l’équilibre et la coordination des mouvements. Lors de l’examen neurologique, le médecin utilise des tests simples (diapason pour la vibration, discrimination de deux points, épreuve de Romberg) pour détecter ces altérations subtiles mais caractéristiques de la myélopathie cervicale.

Signe de lhermitte lors de la flexion cervicale

Le signe de Lhermitte est un symptôme particulièrement évocateur d’atteinte médullaire cervicale. Il se manifeste par une sensation brutale de décharge électrique descendant le long de la colonne vertébrale, parfois jusque dans les bras et les jambes, déclenchée par la flexion du cou (par exemple en se penchant en avant ou en regardant ses pieds). Certains patients décrivent cette sensation comme un « coup de jus » ou une vague électrique qui traverse tout le corps. Bien qu’il ne soit pas spécifique de la myélopathie cervicale (on peut aussi l’observer dans la sclérose en plaques, certaines carences vitaminiques ou après irradiation), sa présence doit faire évoquer en priorité une compression médullaire au niveau du cou.

Physiopathologiquement, ce signe s’explique par un étirement transitoire de la moelle épinière lors de la flexion cervicale, qui accentue la tension sur les fibres déjà comprimées ou démyélinisées. C’est un peu comme si l’on tirait sur un câble électrique dont la gaine isolante est endommagée : des « courts-circuits » apparaissent, générant des sensations anormales. Si vous ressentez régulièrement ce type de décharge électrique en fléchissant le cou, surtout s’il s’y associe des troubles de la marche ou de la motricité des mains, il est important de consulter sans tarder pour un bilan neurologique et une IRM cervicale.

Distribution métamérique des déficits sensitifs C5-C7

Dans la myélopathie cervicale, les déficits sensitifs peuvent également suivre une distribution métamérique, c’est-à-dire selon les territoires d’innervation propres à chaque racine nerveuse (dermatomes). Les racines C5 à C7 sont particulièrement souvent atteintes : C5 innerve la face latérale de l’épaule et du bras, C6 la face latérale de l’avant-bras et le pouce, C7 l’index et le majeur. Le patient peut donc décrire des fourmillements, une hypoesthésie (diminution de la sensibilité) ou des douleurs irradiant selon ces trajets précis. Cette topographie radiculaire aide le clinicien à localiser plus finement le niveau de compression au sein de la colonne cervicale.

Il n’est pas rare que coexistent des signes radiculaires (douleur, paresthésies métamériques) et des signes myélopathiques (spasticité, marche instable, hyper-réflexie). On parle alors de syndrome radiculo-médullaire. Cette association est typique de la myélopathie cervico-arthrosique, où les ostéophytes, les hernies discales et l’épaississement ligamentaire peuvent à la fois comprimer les racines à leur émergence et rétrécir le canal rachidien contenant la moelle. L’IRM et, si besoin, le scanner permettent de visualiser précisément ces atteintes combinées et de planifier au mieux la stratégie thérapeutique.

Dysfonctions sphinctériennes et troubles neurovégétatifs

À un stade plus avancé, la myélopathie cervicale peut s’accompagner de dysfonctions sphinctériennes et de troubles neurovégétatifs, signes particulièrement préoccupants car ils traduisent une atteinte plus sévère de la moelle épinière. Le patient peut présenter une urgence mictionnelle (besoin pressant d’uriner avec difficulté à se retenir), une incontinence urinaire, ou au contraire une rétention avec difficulté à vider complètement la vessie. Des troubles du transit (constipation, plus rarement incontinence fécale) peuvent également survenir, de même que des troubles de l’érection chez l’homme.

Ces symptômes résultent de la perturbation des voies descendantes qui contrôlent les centres sacrés responsables de la miction, de la défécation et des fonctions sexuelles. Ils sont souvent associés à une aggravation des troubles moteurs et sensitifs, témoignant d’une extension de la souffrance médullaire. Toute apparition récente de troubles sphinctériens dans un contexte de myélopathie cervicale doit être considérée comme un signal d’alarme majeur et conduire à une prise en charge en urgence, car le risque de séquelles irréversibles est alors important.

Les troubles neurovégétatifs peuvent également inclure des modifications de la sudation, une sensation de chaleur ou de froid anormale dans les membres, voire des variations tensionnelles liées à une dysautonomie. Bien que ces signes soient moins fréquents que les dysfonctions sphinctériennes, ils illustrent le caractère global de l’atteinte médullaire. En pratique, si vous constatez un changement de votre fonction urinaire ou intestinale, associé à une raideur croissante des jambes ou à des chutes inexpliquées, il est impératif de consulter en milieu spécialisé sans délai.

Signes radiologiques et compression médullaire à l’IRM

Le diagnostic de certitude d’une myélopathie cervicale repose sur la corrélation entre les signes cliniques et les signes radiologiques, en particulier ceux observés à l’IRM. Cet examen est aujourd’hui l’outil de référence pour visualiser la moelle épinière, les disques intervertébraux, les ligaments et les structures osseuses environnantes. L’IRM permet de mettre en évidence le rétrécissement du canal rachidien cervical, la compression de la moelle, ainsi que d’éventuelles zones de myélomalacie (souffrance chronique du tissu médullaire) se traduisant par un hypersignal en séquence T2.

On distingue plusieurs éléments radiologiques clés : la réduction du diamètre antéro-postérieur du canal (sténose cervicale), la présence d’ostéophytes postérieurs, de protrusions ou hernies discales, l’épaississement du ligament jaune ou une ossification du ligament longitudinal postérieur (OPLL). L’effacement des espaces de sécurité autour de la moelle (espaces sous-arachnoïdiens antérieur et postérieur) traduit une situation dite de « moelle à risque », susceptible de se décompenser à l’occasion d’un traumatisme en hyperflexion ou hyperextension. Dans certains cas, des séquences dynamiques en flexion-extension peuvent être réalisées pour objectiver une majoration de la compression en fonction de la position du cou.

Lorsque l’IRM montre un hypersignal intramédullaire T2, cela signifie que la moelle a déjà subi une souffrance chronique, liée à des phénomènes d’œdème, de démyélinisation ou de nécrose partielle du tissu nerveux. Cet élément est important pour le pronostic, car plus l’hypersignal est étendu et intense, plus le risque de séquelles persistantes après chirurgie est élevé. Cependant, la présence d’un hypersignal n’est pas une contre-indication à la décompression : au contraire, elle renforce l’indication opératoire, l’objectif étant de stopper la progression des lésions et, si possible, de permettre une certaine récupération fonctionnelle.

Le scanner cervical peut compléter l’IRM pour analyser plus finement les structures osseuses (ostéophytes, canaux étroits constitutionnels, OPLL étendue) et aider à choisir la voie d’abord chirurgicale (antérieure, postérieure ou combinée). Dans certains cas, un bilan neurophysiologique (potentiels évoqués somesthésiques et moteurs, EMG) est également réalisé pour évaluer la conduction des voies médullaires et préciser le niveau de l’atteinte. L’ensemble de ces éléments permet d’établir un diagnostic précis, de stadifier la gravité de la myélopathie cervicale et de proposer au patient une stratégie thérapeutique adaptée, en expliquant clairement les bénéfices attendus et les risques potentiels.